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31.03.2010

Début 2011, l'ouvrage des conférences

 

Toutes les conférences du cycle "Qu'est-ce qui fait vivre?", organisées durant l'année 2010 à l'occasion des 40 ans du Centre de Prévention du Suicide, seront éditées dans un ouvrage à paraître aux éditions "Couleur livres", début 2011.

 

Toutes les infos sur le site du Centre de Prévention du Suicide : www.preventionsuicide.be


 

 


09.02.2010

Cycle de conférences

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"Qu'est-ce qui fait vivre?"

A l'occasion de ses 40 ans, le Centre de Prévention du Suicide souhaite ouvrir la question du suicide et la resituer dans les questions de la vie, la vie telle qu'elle est, c'est-à-dire... toujours en questionnement.


Voici les différentes dates du cycle de conférences:


  • Mardi 09/02 : Philippe Béague , psychologue, psychanalyste, Président de l'Association Françoise Dolto, autour du thème : "Avec le temps va, tout s'en va...du solitaire au solidaire".

 

  • Jeudi 25/03 : Michel Dupuis , philosophe (UCL, ULg), vice-président du comité consultatif de bioéthique

 

  • Lundi 26/04 : Monique Dorsel , comédienne, metteur en scène, fondatrice du Théâtre-Poème et des Jeunesses Poétiques

 

  • Lundi 17/05 : François Emmanuel , écrivain, psychiatre

 

  • Jeudi 23/09 : Arsène Burny , professeur honoraire de biologie moléculaire (ULB et Fac.de Gembloux), chercheur en cancérologie moléculaire, actif dans les campagnes "Télévie"

 

  • Lundi 25/10 : Anne Morelli professeure à l'ULB, historienne, spécialisée dans l'histoire des religions et des minorités

 

  • Mardi 07/12 : Gabriel Ringlet , écrivain et théologien

 

Les conférences débutent à 20h00.

 

Lieu : Théâtre Marni, rue de Vergnies 25 à 1050 Ixelles.
Ouverture de la salle et du bar dès 19h15

PAF: 8 euros (tarif plein) - 5 euros (tarif réduit : étudiants, chômeurs, seniors)

Infos et Inscriptions : Centre de Prévention du Suicide - Secrétariat : 02/650.08.69 - www.preventionsuicide.be.

Les inscriptions sont confirmées à la réception du virement sur le compte bancaire de l'ASBL : 310-0190501-79.


 

Conférence du mardi 09/02



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Philippe Béague

 

Psychologue, psychanalyste et  président de l'Association Françoise Dolto.

 

"Avec le temps va, tout s'en va... du solitaire au solidaire"


Merci, Philippe Béague, pour votre belle conférence.  Vous avez parcouru avec humour et intelligence tant de réflexions sur la vie, sur nos relations aux autres, nos dépendances et interdépendances, notre solitude, mais aussi nos amours, désirs, ce qui nous anime...

Pour permettre de poursuivre les échanges suite à cette rencontre avec Philippe Béague, laissez-nous ci-dessous vos commentaires, réflexions, témoignages, questionnements.

A bientôt lors d'une prochaine conférence !

 

Quelques mots sur la conférence: 

Hier soir, Philippe Béague a ouvert le cycle de conférences « qu’est ce qui fait vivre ? » au théâtre Marni.

Pour lui, ce qui donne sens à la vie c’est l’amour, l’amitié, le lien familial… Ce qui nous fait vivre, c’est le fait d’être en relation avec l’autre, c’est d’exister à travers le regard de l’autre, c’est d’être reconnu par l’autre.

Le relationnel commence déjà en tant que fœtus dans le ventre de la mère. Il ressent ce que la mère éprouve, ses joies, ses douleurs ses peines. Le fœtus réagit d’ailleurs tellement aux émotions de la mère qu’il peut par exemple prendre différentes positions dans le ventre, choisir de prendre de la place ou non.

Une fois l’enfant né, il a besoin de sa mère, mais pas seulement par rapport à des besoins physiologiques : il aussi un besoin vital de relation avec sa mère, de rencontrer son regard, sentir son odeur, la sentir présente.  Il y a des situations où l’enfant, séparé de sa mère dès la naissance, se laisse mourir… Ne peut-on dire qu’il s’agit là d’un suicide ? Fort heureusement, dans d’autres cas, l’enfant accepte les nouveaux liens relationnels qui se présentent à lui (relais du père, d’une puéricultrice,…) et continue à vivre.  Toujours est-il que ce qui nous anime, ce qui nous fait vivre, c’est bien dès notre naissance du relationnel.  Toute personne a besoin d’une relation au départ.  C’est du subtil, quelque chose de l’ordre de la rencontre.

Freud disait que vivre, c’est aimer et travailler.  Travailler, c’est-à-dire construire des projets qui font sens pour nous, se sentir utile.  Aimer, c’est vivre avec les autres, se construire avec le regard des autres, dans le relationnel… en construisant par ailleurs son estime de soi.  C’est pouvoir s’aimer soi-même parmi les autres.  Et puis vivre, c’est aussi du désir…  Sans désir, nous ne vivons pas !

Le sentiment amoureux par exemple est magnifique, on retrouve quelque chose de la relation du départ, du regard de la mère, qu’on a eu ou qu’on n’a pas eu.  Moment exaltant où personne ne se posera la question « Qu’est-ce qui me fait vivre ? ».  Pourtant ça ne dure pas, ensuite il faut retourner à soi et à l’autre, se redifférencier, et s’aimer en se reconnaissant « autre ».  Il y a des crimes passionnels, des jalousies obsessionnelles, qui se jouent parce qu’on a du mal à (dé)passer le stade magique du sentiment amoureux.

Les êtres humains sont des êtres de dépendance et d’interdépendance, des êtres relationnels et de solitude…

Françoise Dolto parlait de pouvoir « s’auto-materner », c’est-à-dire s'aimer soi-même, veiller sur soi, par soi-même.  

Voilà de quoi prolonger la réflexion sur ce que c’est « être soi », sur ce qui moi, me fait vivre…

Conférence du jeudi 25/03

 

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Michel Dupuis

 

Philosophe (UCL,ULg), Vice président du comitéconsultatif de bioéthique.

 

Michel Dupuis, philosophe, professeur à l'UCL et à l'ULg, mais aussi vice-président du comité consultatif de bioéthique, est venu partager avec nous son approche de la question, qui n'a rien d'évident, même si elle est fondamentale dans un parcours philosophique.

Michel Dupuis a ainsi parcouru avec nous différents concepts importants : d'abord "l'être", c'est-à-dire ce qui est, c'est-à-dire les choses, qui sont, sans qu'un mouvement ne soit requis; puis "le vivre", c'est-à-dire le vivant, caractérisé par sa vulnérabilité mais aussi sa propension à l'autonomie... ; et "l'exister", c'est-à-dire ce qui nous caractérise nous, êtres humains.  Qu'est-ce donc qu'exister?

Une piste de réflexion : nous sommes plus que du vivant - et être vivant, c'est déjà prendre des risques - nous vivons, nous nous construisons avec l'Autre, autrui, l'étranger.  Nous sommes en perpétuelle transformation, ex-sister pouvant être retraduit par être à la fois en mouvement vers l'extérieur, l'étranger (ex), et être stable, en soi (stare); on "est", ici et maintenant, et à la fois on est ailleurs; on a les pieds sur terre et la tête dans les étoiles... Pour exister, il faut les deux composants car un seul serait toxique.

"Je" est donc relationnel. Il est aussi projet. Il se construit dans le présent, en loyauté avec son passé, et par rapport à un futur...

Mais encore? Michel Dupuis introduit également une autre dimension à ce "je" : il est aussi "nous".

L'enjeu collectif est important dans le fait d'exister, à aucun moment il ne serait vraiment envisageable, en tant qu'être humain, de vivre seul sur une île déserte.  Nous avons l'intuition, en tant qu'êtres humains, que nous avons une humanité commune; c'est ce qui faire qu'un bénévole prenne du temps pour répondre à quelqu'un au bout du fil, qu'il ne connaît pas, et qu'il souhaite aider.  Il y a comme une nécessité de solidarité.  Et donc, exister, c'est aussi quelque part s'engager, oser s'impliquer dans des projets qui nous dépassent, qui nous font prendre des risques, qui brisent la routine...

Nous laissons ici la réflexion sur une notion que Michel Dupuis s'est amusé à nous expliquer : le concept de "à chaque fois"; exister, c'est exister "à chaque fois", c'est prendre le risque à chaque fois d'une nouvelle respiration, d'un nouveau projet, c'est aussi oser s'étonner de petites choses, de petits événements du quotidien... et de rester ouvert sur le monde...

Conférence du lundi 17/05

 

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François Emmanuel


Ecrivain, Psychiatre.


"Qu'est-ce qui fait vivre?" Pour approcher cette question difficile, François Emmanuel a choisi pour cette soirée de laisser la parole à l'écrivain plutôt qu'au psychiatre. Pour lui, vivre c'est explorer et découvrir, construire et rénover mais aussi croire, espérer et aimer...

Explorer, découvrir, créer
, c'est ce que François Emmanuel fait au quotidien dans son métier d'écrivain... A travers un rêve de bonheur qu'il fait parfois, il nous fait voyager au cœur de la créativité. Dans ce rêve, François Emmanuel découvre, dans une maison qu'il connaît, de somptueuses pièces inattendues. Créer un roman, c'est découvrir des univers insoupçonnés ; les personnages prennent leur indépendance et l'univers romanesque s'ouvre. Cette nouvelle présence des choses existe dans tout acte créatif, de la composition d'un jardin à une nouvelle rencontre... Le monde que l'on habite est bien plus vaste qu'on ne le croit, sa découverte, son exploration, sont sources de vie.


Construire
, comme Robinson Crusoé sur son île... le désir de construire tient du défi, de la lutte avec soi, mais aussi de la lutte contre l'inertie, la destruction.

Croire
. On ne cesse de  le faire même dans de toutes petites chose. On fait confiance aux hommes qui ont construit nos maisons, nos moyens de transport. Bien sur, nous sommes soutenus par un réseau d'arguments et de preuves statistiques, scientifiques. Mais il y a toujours un peu de foi, celle de l'enfant qui est en nous. Mais pour croire, il faut savoir douter. Seuls ceux qui savent qu'il y a chez eux une part de doute nous nourrissent de leur parole, sinon la foi deviendrait folie.

Aimer
. Un mot troublant, souvent voilé.. L'amour peut être Eros, l'amour foudroyant et rare, Philios ou Agape, la compréhension amicale d'autrui, notre part d'humanité, la connaissance de l'autre qui nous permet de grandir à son contact.

Espérer.
Le plus étrange de ces verbes. L'espérance... Espérer c'est se dire que nous vivons sur terre une aventure passionnante mais éphémère, c'est l'espérance d'une autre dimension, un ailleurs, hors du temps, de l'espace et de la dualité... L'espérance nous manque, car l'impermanence nous manque à nous occidentaux, nous confondons immobilité et immortalité... c'est pourquoi il est bon pour nous de nous ouvrir à d'autres façons de voir le monde. La science et la connaissance nous ont apporté des choses mais nous ont aussi coupés du monde.

Platon décrit quatre divinités ou quatre folies: l'art de la divination, le commerce avec les dieux, les muses et l'amour. Pour vivre, il faut être habité par au moins une de ces quatre folies et s'y laisser aller quelque fois. Ce sont ces quatre folies qui nous font vivre, ce sont aussi elles qui précisément nous font mourir... Mais mourir, c’est peut-être aussi « mourir à soi »... Ce qui est parfois un bien. Ainsi, François Emmanuel nous parle d'une rupture dans sa vie, lorsqu'il est parti faire du théâtre en Pologne. Par cette rupture, il a appris à « mourir à lui » et à lâcher prise. Il nous parle aussi de ces deux métiers: médecin et écrivain, un qui ancre et relie et l'autre qui l'isole parfois de longues heures...


La séance de questions-réponses nous confronte aux idées du risque, de l'insécurité, du juste, du désir, de l'authenticité, de la vie et de la mort...

 

 .

Conférence du lundi 25/10

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Anne Morelli

 

Professeur à l'ULB, Historienne, spécialisée dans l'histoire des religions et des minorités.

 

Quelque peu désarmée face à la thématique du suicide, Anne Morelli s’est tournée d’abord vers la biologie et s’est intéressée à ce qui nous fait vivre.  En tant que mammifère, nous sommes programmés pour nous reproduire et élever nos enfants jusqu’à l’âge adulte.  Pourtant, cet instinct de survie se contredit tous les jours, car l’être humain est aussi un être social, qui peut décider de ne pas se reproduire… ou de mettre fin à ses jours.


Athée convaincue, Anne Morelli ne croit pas à une vie dans l’au-delà. Elle croit donc qu’il faut remplir au mieux la vie qui est la nôtre, ce qui est déjà une raison de vivre.


Elle nous présente ensuite deux éléments majeurs nous faisant vivre : ce qu’on pourrait définir d’une part comme la « joie de fonctionner » ou « funktion-lust » et d’autre part, l’attente du plaisir. Le premier aurait pour source de satisfaction la joie d’exercer ses facultés, de bien accomplir ses tâches, tandis que le second évoluerait et se modifierait avec l’âge notamment. L’attente de plaisir nous permettrait d’espérer quelque chose de la vie et de ce fait nous donner envie de la vivre.


Pour elle, bien que la lutte et le militantisme soient source de plaisir et d’envie de vivre, elle s’est interrogée sur ce qui la faisait, personnellement, vivre. Elle en a conclu que la simple possibilité de changer ne fût-ce qu’un peu le monde, au détour d’une rencontre notamment, pourrait être suffisante comme raison de vivre. Cependant, elle admet et reconnaît tout à fait que d’autres personnes puissent ne plus avoir envie de vivre… De façon récurrente, Anne Morelli intègre l’importance de la notion de subjectivité dans la définition de vie « viable ».


Finalement, la conférence s’est conclu par une marque de respect et dénuée de jugement face au suicide : « On a tous cette dernière liberté de quitter la vie quand on pense qu’elle ne vaut plus la peine d’être vécue ».


Conférence du jeudi 23/09

 

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Jacques Dumont

Professeur honoraire (VUB-ULB), directeur fondateur de l'Institut de recherche interdisciplinaire en biologie humaine et moléculaire (faculté de médecine, ULB), en remplacement d'Arsène Burny.

 

Jacques Dumont, lors de sa conférence, nous a fait le grand plaisir de partager avec nous sa philosophie, son point de vue personnel sur cette grande question « Qu’est-ce qui fait vivre ? ».

Il se présente d’abord comme résolument optimiste, ancré lui-même dans la vie, dans la passion de comprendre le système moléculaire humain, de faire des recherches, de créer.

Les grandes satisfactions de l’existence tournent pour lui autour de quatre points, dont les trois premiers sont très semblables à ce que peuvent vivre les animaux.  Il s’agit d’abord de la reproduction, de l’amour, des relations sociales (la « tribu ») mais aussi, et là c’est un sens profondément humain, du goût à la réalisation, dans ce qu’on fait ou ce qu’on devient.

Pour avoir envie de vivre, Jacques Dumont ajoute également qu’il est pour lui vital, fondamental, en tant qu’être humain, de pouvoir être autonome, de pouvoir être utile et de pouvoir garder sa dignité.

Il rappelle que sa philosophie s’est construite dans une époque optimiste, où il a eu la chance de pouvoir de connaître l’amour et d’avoir des enfants, d’avoir des amis et un cercle social agréable, amusant, et de pouvoir se réaliser dans ce qu’il aime faire : créer un centre pluridisciplinaire de recherche pointue à l’ULB.

Mais il y a des choix importants de société dont il faut être conscients : faut-il investir tant pour garder quelqu’un en vie un mois de plus ? Comment se fait-il que les choix d’hospitalisation dans les hôpitaux soient guidés par des considérations économiques ?

Face  à ces effets pervers de la médecine, de la société, notre orateur nous confirme sa vision personnelle des priorités : avant tout soutenir les jeunes, soutenir les adultes responsables, les mères de famille.  Ces vies-là, si elles se perdent, sont perdues à jamais, et quels dégâts autour d’eux ! Par contre, les personnes en fin de vie, qui souhaitent en finir, ne nous acharnons pas à leur faire garder le lit, à les ré-hospitalisés, laissons-les faire leurs choix de traitement et de fin de vie...